Visiteurs

Bienvenu sur le site  du

3ième Régiment d'Infanterie de Ligne Suisse

‘Valeur & Discipline’


Le 3ème Régiment Suisse en Espagne.

C'était le moment où l'armée impériale avait de gros besoins d'effectifs pour la campagne d'Espagne, qui devait se révéler si désastreuse. On fut, bien entendu, tenté d'y faire participer le contingent helvétique.
Le 3ème régiment. ayant complété ses effectifs put envoyer sur Rouen, puis Bayonne, son 1er bataillon commandé par Charles d'AFFRY et fort de 1250 hommes, marchant avec son Colonel de MAY, il atteignit l'Espagne le 29 Décembre 1807 et fut placé en réserve du corps du Général DUPONT.
L'Empereur forma alors un nouveau corps d'armée. dit "Corps d'observation des Côtes de l'Océan", aux ordres du Maréchal MONCEY. dans lequel entra le 2ème bataillon du 3ème régiment, du Commandant de GRAFFENRIED. Le Colonel en second du corps, THOMASSET, prit le commandement de ce détachement, qui était à l'effectif de 820 hommes lors de son rassemblement à Boulogne en décembre 1808. il entra en Espagne le 20 Février suivant avec la division MOUTON, qui formait l'avant-garde du corps MONCEY.
Les autres régiments y avaient également envoyé des éléments et l'ensemble du contingent helvétique dans la péninsule atteignait sept bataillons et demi. Lors de la victoire de BESSIERES à Médina Del Rio Seco, le 14 Juillet 1808, le bataillon de GRAFFENRIED resta en réserve avec deux bataillons de la jeune Garde et ne fut pas engagé.
En cette même année 1808. la défaite de BAYLEN allait amener un sort tragique pour une partie de notre armée Dans les premiers mois, la brigade POINSOT comprenait. entre autres unités le 1er bataillon du 3ème régiment sous Charles d' Affry. A l'avant-garde marchaient deux de ses compagnies d'élite (Capitaines de TAVEL et de LORBER) avec quatre compagnies françaises. Ces unités se comportèrent vaillamment pendant toute la campagne d'Andalousie, franchissant les défilés de la Sierra Morena et chassant devant elles les bandes d'insurgés. Elles furent plusieurs fois citées à l'ordre du jour pour leur bravoure et leur discipline.
Après le sac de Cordoue par nos troupes, la haine des espagnols se déchaîna. Lors de la capitulation de Général DUPONT à Baylen, le Colonel de MAY et son bataillon, encore fort de 900 hommes, ne se rendirent que par ordre du Général, alors qu'ils n'avaient pas été vaincus et malgré une protestation écrite du Colonel de May. Heureusement l'aigle du régiment avait pu être sauvé. Par chance également, le commandement d'AFFRY, déjà engagé dans les défilés avec l'avant-Garde, ne fut pas atteint par l'ordre de se rendre à Baylen et put se retirer sur Madrid avec les capitaines de TAVEL et de LORBER et 116 sous-officiers et soldats.
Le massacre des prisonniers par la population fut évité à grand-peine. Les officiers furent séparés de leurs hommes et leurs bagages pillés. Le Colonel de MAY et l'adjudant-major VONDERWEID furent envoyés sur Majorque, le chirurgien-major KASTENHOFER sur Minorque. L'aumônier CHARPENTIER et le lieutenant SCHMELZER furent soignés dans les hôpitaux de Cadix. Quant au porte-drapeau SCHULER, il parvint à s'évader, à gagner l'Algérie et rentra par l'Italie.
Parmi les morts, il y avait les capitaines Seyssel et Gwerner, les lieutenants FORRER et les deux frères FORNARO.
La plupart des sous-officiers, pressés par les Espagnols dépasser dans leurs rangs s'y refusèrent avec dignité et allèrent partager le sort de leurs hommes sur les pontons tristement célèbres de Palma.
Pendant ce temps, les éléments du 3ème régiment échappés de Baylen avec d'AFFRY étaient allés renforcer le bataillon frère de GRAFFENRIED et, sous les ordres du Colonel THOMASSET, retraitaient sur BURGOS, tout en combattant les insurgés de la vielle CASTILLE.
Rejoints par le bataillon de CASTENBERG du 2ème régiment commandé par le Colonel de CASTELLA et ne comptant plus que 640 hommes, les Suisses formèrent une brigade provisoire aux ordres de ce dernier. A Osma, le 12 Septembre, cernés par les Espagnols, ils durent se frayer un passage à la baïonnette. La brigade livra un autre combat meurtrier sur les rives de l'Ebre et, quinze jours plus tard, en présence de l'Empereur, elle prit part à la victoire de Gamonal, laquelle ouvrit
aux français les portes de BURGOS livré à un horrible pillage. Passés en revue le 11 Novembre par Napoléon et le Maréchal LANNES, qui venait d'être nommé Colonel-Général des Suisses, les deux bataillons furent chaudement félicités.
Tandis que le Maréchal SOULT s'emploie à repousser une offensive du. Général Britannique MOORE, la brigade Suisse de CASTELL. poursuit les débris de l'armée espagnole de BLAKE. Elle chasse ceux-ci jusqu'à SANTANDER et SAN-VICENTE, à travers la chaîne de Montana couverte de neige. Le froid était si rigoureux que plusieurs hommes endormis furent gelés au bivouac. Elle rejoignit alors le maréchal SOULT sur les rives du CARION mais seul le bataillon de CASTELBERG participa à la prise de LEON le 31 Décembre 1808.
Le mois suivant cette brigade fut dissoute. Le bataillon de CASTELBERG contribua à la prise de VIGO à la fin de janvier. Les deux bataillons furent ensuite réunis le 4 Février à un troisième bataillon, celui du commandant BEULER du 4ème Régiment, à Saint-Jacques de Compostelle. ils furent encore rejoints par un demi-bataillon (d'ERNST) aussi du 4ème régiment.
Les Suisses prirent une part importante à l'assaut de la ville d'Oporto, défendue par 60.000 Portugais, qui furent mis en déroute et perdirent 18.000 hommes.

Bientôt pourtant SOULT, pour éviter d'être cerné au Portugal par d'importantes forces britanniques, dut se résoudre à ordonner la retraite. Celle-ci fut couverte au départ d'Oporto par une arrière-garde Suisse qui lutta avec énergie. Mais l'armée eut grand-peine à se frayer un passage à travers la montagne et par des routes défoncées. Les hommes sans chaussures, en lambeaux étaient à bout de force. Le bataillon THOMMASET du 3ème régiment avait supporté le maximum des épreuves et des combats, son Chef et le sergent MALDER reçurent la Légion d'Honneur. Plusieurs officiers qui s'étaient attardés à LISBONNE furent faits prisonniers.
Nos Lillois n'étaient pas les seuls à avoir pris les Suisses pour des anglais, les Espagnols du village d'ASTARITZ commirent .la même méprise et croyant, l'armée française entièrement prisonnière à Oporto, apportèrent aux hommes du 3ème régiment vivres et rafraîchissements, puis s'enfuirent comprenant leur erreur à l'arrivée d'autres régiments.
Les trois bataillons suisses, réduits chacun à 4 ou 500 hommes, furent alors réunis en un régiment de marche à trois bataillons, commandés respectivement par BLEULER, CASTELBERG et GRAFFENRI sous les ordres du Colonel THOMASSET. Ce régiment entra dans la brigade THOUMIN, du corps KELLERMAN, dont la mission était de contenir les populations de la Vieille CASTILLE et du Royaume de LEON. L'épreuve morale était pénible pour ces fils d'un pays si épris de liberté, contraints de se battre contre des patriotes jaloux de leur indépendance. . .
Malgré les pertes occasionnées par la maladie et des semaines de féroce guérilla contre des bandes espagnoles nombreuses et bien organisées, le 3ème régiment ne reçut pas le renfort des 42 recrues envoyées de Lille. Celui-ci fut joint à son passage à Limoges au 4ème bataillon du 4ème régiment venant de Rennes, qui arriva en Espagne le 22 juin 1810.
En mai, le Bataillon de GRAFFENRIED, du 3ème régiment, réduit à 300 hommes, occupait la ville de LEON avec quatre compagnies françaises et 200 dragons. Ce fut pour lui l'occasion d'un beau fait d'armes: grâce à la complicité des habitants, 4.000 espagnols et portugais se glissèrent dans la place par une porte de l'hôpital civil donnant sur la campagne. Les lieutenants AMIET et FUCHS firent immédiatement front avec la grand garde et les hommes disponibles. Le bataillon suisse réagit avec vigueur et repoussa les assaillants à travers les rues de la ville, tuant et blessant beaucoup de monde et faisant 150 prisonnier s, dont quatre officiers et six cadets. Il y eu 10 tués dont le capitaine HUNDBISS et 50 blessés.
En juillet, plusieurs officiers et soldats des 3ème et 4ème régiments, évadés avec un ponton depuis la rade de CADIX, parmi d'autres prisonniers français parvinrent à VALLADOLID. Après avoir été présentés au Roi JOSEPH, ils rentrèrent en France par BURGOS et BAYONNE.
C'est à ce moment que se place un épisode malheureux. Le Général SERAS, commandant en LEON et Vieille CASTILLE,fit occuper la Puebla de Sanabria, petite ville à la frontière du Portugal que venait d'évacuer sa garnison espagnole, par les 333 hommes du2ème bataillon du 3ème régiment, en ordonnant à son chef, le commandant GRAFFENRIED de se défendre "jusqu'à la dernière extrémité" contre un important contingent hispano-portugais .Bâtie sur une hauteur, répartie en ville haute et ville basse,la place était dominée par un vieux château-fort et deux églises massives et presque jointives. .Les Suisses rassemblèrent toutes les vivres possibles dont 2.000 rations de pain,mais ils manquaient d'eau potable, les puits ayant été empoisonnés ou comblés de cadavres. Outre ses 80 cartouches par homme, la garnison avait pu remettre en service six canons espagnol, mais manquait de poudre pour ceux-ci. Dès le 3 août et pendant six jours la ville fut attaquée par 10.000 hommes. La garnison résista vaillamment et se retira dans la Ville Haute, mais ses vivres s'épuisaient et le manque d'eau potable se faisait cruellement sentir. Un Caporal porteur d'un message français ne revint pas, et le 9 au soir deux mines ouvrirent une brèche dans les défenses. En outre 48 hommes excités par un tambour transfuge, désertèrent dans la nuit du 10 Août. Ils furent ultérieurement (29 mars 1811) condamnés à mort par contumace, mais le reste des soldats du bataillon (244) refusèrent de se battre contre 10.000 ennemis. A son corps défendant leur chef, Jonathan de GRAFFENRIED, dut signer la capitulation. Celle-ci était d'ailleurs honorable : les officiers conservaient leur épée et les hommes leurs effets. Ils devaient être embarqués pour la Suisse, sous réserve de ne plus servir contre les Alliés. De la Corogne, ils furent dirigés sur Portsmouth, mais n'atteignirent Morlaix qu'en novembre, après de multiples réclamations.
SERRAS arriva avec des renforts devant Puebla le 11 août (10 heures après la capitulation). Il encourut la colère de Napoléon pour le peu de hâte qu'il avait mis à secourir les Suisses. Quant à GRAFFENRIED, il fut traduit devant un Conseil de guerre qui l'acquitta (2 février 1811). THOMASSET fut rappelé en France, ainsi que de nombreux officiers dont le capitaine VONDERWEID, promu commandant.

Share on Facebook Share on Twitter Share via e-mail Print